APPEL AUX VICTIMES DE L’EGLISE CATHOLIQUE

APPEL AUX VICTIMES WALLONNES
DU SILENCE DE L’EGLISE

« Pourquoi les enfants ne parlent pas des
agressions sexuelles dont ils sont l’objet ? »

Très curieusement, j’ai reçu récemment la missive d’un ecclésiastique qui voulait me faire comprendre et me faire admettre que si les gens d’Eglise n’avait jamais dénoncé (et en plus couvert par d’opportuns déplacements) ceux des leurs qui avaient dérapé (ce sont ses mots), c’était par HONTE et du fait d’avoir baigné dans « la loi du silence ».

Je lui ai aimablement répondu, d’abord, que ces monstres n’étaient pas « des leurs » ou que, alors, il y avait une très grosse anguille sous roche…
Puis, je lui ai rappelé que le Christ avait dit ne pas avoir apporté la paix mais le glaive (Matthieu 10.34/35) et que cette loi du silence devait mettre leur foi à l’épreuve.

Fréquentant depuis plus de dix ans des associations de soutien aux victimes, je me suis rappelé que les stratégies de défense des pédocriminels comptent, comme atout majeur, l’option d’inverser les rôles. Car, si les enfants victimes d’agressions sexuelles justement ne parlent jamais, c’est exactement à cause de la honte, du sentiment de culpabilité dans leur supposée participation à ces actes, de n’avoir pas compris assez vite, de n’avoir eu la force de s’opposer à l’adulte capable de tout (notamment de vie et de mort sur lui, ainsi qu’on le constate trop souvent dans les «crises de folie » d’hommes « désespérés »).

Ainsi, j’ai été hanté, tout au long de toute mon existence consciente, par l’obsession de ma lâcheté.

Lorsque j’ai fait ce qu’on appelle en psychologie mon dévoilement, soit avoir révélé, dans un tourment viscéral cruel, ce à quoi un instituteur s’était livré sur ma petite personne durant quatre années de suite, mes géniteurs ont enfoncé le clou.

L’éducation sexuelle de mes auteurs avait peut-être été très pauvre, ayant subi de longues années d’éducation religieuse en internat, cause aussi du sentiment connu comme d’abandonnite, depuis l’âge de 10 ans. La honte les habitait-elle toujours ? On nous avait transmis, comme à la plupart des enfants de nos générations – et les antérieures en tous cas, des mots de vocabulaire bien appropriés, la honte du sexe, la honte de son propre corps… Des arguments idéaux pour pouvoir développer plus tard une vie sexuelle épanouie…

Mais, quoi qu’il en soit, s’ils avaient manqué en partie à cette tâche, l’Eglise, elle, continuait à s’en charger ! Les enseignements scolaires religieux n’envisage(ai)ent pas la vie sexuelle ou l’existence de nos attributs par le biais de l’humour !!
Il s’agissait bien de nous détourner de toute tentation par le fantasme du péché mortel et par la diabolisation de la femme tentatrice !! Qui devions-nous remercier le plus ? Peut-être la reine Victoria d’Angleterre qui, dans sa rigueur des mœurs avait permis que se développe une des pires périodes de dépravation de l’Histoire…

Aujourd’hui, on enseigne à certains enfants privilégiés que leur corps leur appartient et qu’ils ont le droit de repousser même un baiser ou la caresse d’un adulte qui lui paraîtrait louche ou trop intrusif. Les enfants des générations précédentes étaient sans défense, soumis et inféodés au pouvoir de N’IMPORTE QUEL ADULTE.

Aujourd’hui, on vote des lois qui interdisent même aux parents de porter la main sur un enfant. Jusqu’il y a donc très peu, les enfants étaient frappés avec des notions de violence très relatives, d’une famille à l’autre ou d’une école à l’autre. Et dans de très nombreux pays, c’est encore pain quotidien !! La crainte de l’adulte était donc généralisée et l’affirmation de sa personnalité était interdite à l’enfant.

Chez moi, ces violences ont créé divers sentiments, depuis la terreur jusqu’à la révolte et la haine. Je me suis rasséréné depuis!

Mais parler ? Je tentais à peine quelques phrases. Oui, je racontais des bricoles, peut-être même étais-je intarissable pour raconter des histoires. Mais parler vraiment ? Totalement incapable, notamment pour m’exprimer en public et développer un sujet soit en classe, soit dans des débats, soit même dans une réunion de famille : «Ne venez pas avec des grands mots !!»

Pas de plaintes permises, pas de sentiments exprimables, pas de tendresse physique, pas de reconnaissance aux sentiments ni à la personne. La seule place dont il était question était celle du travail. Inconscience des sentiments puisque non exprimés, inconscience de ses droits aux préférences, inconscience de soi, pas de structuration personnelle. Vive le sport et les Spartiates : «C’est bon, c’est dur, ça forme !»

Et vous voudriez qu’un enfant parle des abus sexuels qu’on lui a fait «partager» ? Ou ne saviez-vous pas que les abuseurs et violeurs impliquent leurs victimes dans leur crime ?

Ils imposent leur volonté (prise de pouvoir sur un être faible) en vous badinant tout bonnement comme si, dès le début, vous étiez partant pour l’aventure (il faudrait déjà savoir, à huit ans, ce qu’est le sexe)… mais ils n’oublient jamais les mesures de rétorsion en cas de dévoilement !! Dans toutes ces prises de pouvoir, vous devenez chaque fois davantage, UN ÊTRE SOUMIS.

La reconnaissance à la victime de son statut de victime, par la société et par les proches (difficile déjà d’obtenir par les deux à la fois), lui permet d’admettre son sort, de nommer l’agression et de se (faire) soigner.

Si la parole d’un enfant est entendue immédiatement et reconnue, la vie de l’individu victime peut redevenir normale dans son propre bénéfice et dans celui des sociétés qui l’encadrent (proches et milieu social).

Pour y parvenir, encore dans notre ère, dans 90% des cas, il faut gravir le chemin du calvaire. Il faut vivre dans le déni souvent bien longtemps encore après la date d’un mariage éventuel, de diverses ruptures. Il faut avoir ouï avec ahurissement tous les scandales que la presse révèle ET ÊTRE CAPABLE DE LES INTEGRER car de nombreuses victimes vivent même ces scandales comme des rumeurs lointaines.

Pour y parvenir, il faut avoir subi souvent plusieurs chocs psychologiques révélateurs. Moi-même, après mon dévoilement à l’âge de douze ans, je n’avais jamais été conscient d’avoir été « abusé et violé »… Ben oui : j’avais «participé à des saloperies» !! Ainsi, je n’ai compris qu’à l’âge de 46 ans de quoi avait été faite toute mon existence.

Pour y parvenir, il faut aborder enfin cette justice des hommes dont nous ne savons rien !

Parler ? L’individu masculin qui écrit ces lignes n’en menait pas large au moment de se retrouver face à deux agents, en uniforme de la force publique, pour oser la parole !!
Je n’ai d’ailleurs pas dit le quart du tiers à l’époque et pour la bonne raison, notamment, qu’il m’a fallu ensuite des années de thérapie pour que les souvenirs enfouis remontent à la surface.

Et vous voudriez que j’aie parlé enfant, alors que l’instit m’enfermait à clé dans la classe où il allait me déshabiller ?? Totalement impossible et même plus : en aucun moment, STRICTEMENT, l’idée même de révéler ces situations ne m’est même jamais venue.

Sincèrement, j’étais déjà trop heureux que le gars ne me frappe pas ou n’exerce sur moi tout autre type de dictature. Je m’en tirais à bon compte. Oui, oui, vous avez bien lu : JE M’EN TIRAIS A BON COMPTE ! Comment aurais-je pu jamais imaginer la dose de venin que l’individu inoculait jour après jour dans mes veines ? Comment aurais-je pu soupçonner la destruction intérieure, psychique et mentale, qu’il me causait jour après jour et semaine après semaine ?

Encore aujourd’hui, je ne livrerais à personne les détails de ces actes. TROP DOULOUREUX. TROP IMPENSABLE. INDICIBLES.

L’ignorance de l’enfant est totale. De trop nombreux adultes qui ont oublié la leur, suspectent les enfants de calculs, de recels, de vice, de manipulation. PAUVRES GENS : ils n’ont aucune idée de l’enfance… L’enfant réagit instinctivement, il n’a pas de savoir relationnel. La majorité des adultes n’en ont guère plus, parfois acquis au prix de nombreuses et spécifiques lectures. L’enfant vit des moments, vite oubliés.

Une femme violée adulte parle-t-elle ? Un homme violé adulte parle-t-il ? Guère plus. Ils vivent avec leur blessure. Que dire d’un enfant violé dans son intégrité physique et psychique par l’exhibitionnisme et par les « égarements » de tous niveaux d’un adulte de qui il pense recevoir enseignement, directives morales, éducation et élévation morale, de qui il accepte de recevoir punition, récompense ou encouragement ? L’enfant attend de lui ou d’elle tout repère, toute construction psychologique, spirituelle, intellectuelle et sociale !

De plus, l’enfant initié, ne connaissant pas les réalités de l’existence, croit que ce qu’on lui a fait est acceptable, malgré sa honte, car ce sont « des adultes de confiance » qui lui ont imposé cela. MAIS ! Sa sensualité est dès lors éveillée. Et elle sera un signal pour les autres prédateurs. Dès lors, son parcours ira irrémédiablement vers le bas.

Des adultes ayant appris ce qui m’était arrivé, ont voulu en profiter et m’ont «cherché» sexuellement. J’étais devenu un oiseau pour le chat. C’est ainsi que des prévenus tentent d’excuser leur(s) geste(s) en disant «elle/il m’a provoqué».

De nombreuses personnes ont réagi comme cela, démontrant qu’elles pensaient que ce n’était pas si grave que cela pour ce qui me concernait : c’est l’ANEANTISSEMENT DE L’INDIVIDU enfant qui est mis en marche !!! Voilà ce que c’est.

De trop nombreux spectateurs de ces situations sont rapides pour nous suspecter de comédies, de mensonges, d’affabulations.

Je leur dis ici : savez-vous la dose de courage qu’il faut pour déboucher publiquement ces traumatismes ? A douze ans, pensez-vous que j’en savais davantage sur le sexe, après quatre années d’abus ? Bien sûr que non !! Ces actes de torture ne sont pas du sexe pour l’enfant même lorsqu’il en retire un plaisir mécanique qui approfondit plus encore le gouffre de sa HONTE !!!

J’ai été horrifié en lisant les récits de Marie-France BOTTE qui décrivait la manière dont les pauvres gosses thaïlandais devaient se vendre aux clients pédocriminels européens qui les achetaient pour les pervertir davantage… Je me suis fait un devoir de lire ces livres jusqu’au bout, comme celui, ADMIRABLE, de Regina LOUF.

Même à 61 ans, assez détendu et très déterminé à me faire auditionner par les super professionnels de la Cellule pédophilie de la Police fédérale belge, je n’en menais pas large. Et j’ai rêvé, la nuit suivante, qu’on m’avait ouvert le crâne où bouillonnaient mes neurones ensanglantés. Dans mon rêve, quelqu’un voulait me porter secours et je lui criais : «Non, non !! JE VEUX ÊTRE LIBRE !!!»

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Combien de personnes m’ont dit : « Il faut oublier. A quoi te servirait un jugement qui ne sera d’ailleurs que correctionnalisé. Tais-toi par respect pour ta famille et pour tes proches. Les gens te fuiront comme si tu avais la peste. Tu n’y gagneras rien.»

A toutes les victimes qui me lisent, je dis : ALLEZ-Y mais avec un dossier le plus précis possible. La reconnaissance de votre sort, du crime ou des crimes qui vous ont été faits vous libèrera. On n’a pas inventé la Justice seulement pour écarter les individus dangereux.

La Justice existe aussi pour réhabiliter les victimes (oh, le GRAND MOT !) Le passage par la Justice vous restituera la place sociale que l’ignominie et les ignominieux alentour vous ont volée, dérobée, escamotée. Cela vous régènerera, vous rendra confiance en vous, en la société, en la Vie, en VOS CHANCES.

Personne ne s’épanouit dans la résignation, dans le sacrifice injuste, dans la HONTE PERPETUEE. Ne vous en laissez pas conter !! Pensez à vos enfants qui nécessitent votre élan vital et votre Amour fort. Cela ne peut être QUE DANS LA DIGNITE.

Battez-vous. Ne vous laissez pas matraquer de silence, revendiquez courageusement vos droits. Ne cédez pas. Exigez, même au prix des humiliations, CELA VAUT LA PEINE !

« D’abord, ils vous ignorent; ensuite, ils se moquent de vous; ensuite, ils vous combattent; et, enfin, vous gagnez ». (Gandhi)

Le silence des victimes favorisent les prédateurs et enfoncent davantage les autres victimes dans leur isolement et dans la destruction psychique qui est leur lot.

L’Enfance n’a pas le statut qu’elle mérite. L’Enfance est piétinée, écrabouillée. Comment la société va-t-elle se construire avec des individus bardés de traumatismes non assimilés, non reconnus, non réparés, non soignés ? Beaucoup de ces individus deviendront dangereux ou néfastes pour la société ou, improductifs, SDF, tombés dans la prostitution, ils coûteront une fortune à la sécurité sociale, aux budgets annuels des Etats. Les calculs ne sont pas longs à faire, cela saute aux yeux !!!

De nombreuses victimes de mon âge (62) attendent encore leur libération, ET leurs indemnisations pour les sommes énormes versées en soins divers; mais aussi pour les échecs lourds, à tous les niveaux de leur épanouissement, essuyés par le fait de leur écrasement psychique et social. Et toutes les difficultés créées à tous les niveaux de leur vie professionnelle, familiale, relationnelle…

Victor KHAGAN, 2012 tangakamanu@yahoo.fr

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JOURNAL D’UN SURVIVANT 1

JOURNAL D’UN SURVIVANT I

“La vérité”, je crois que chacun se la fait : dans les extrémités par où les gens comme nous passent, elle peut parfois devenir très belle et, d’autres fois, très noire. Le monde est un chaos où notre Terre semble un accident dans le vide de l’Univers infini. La race humaine semble avoir eu besoin de déterminer le mal et le bien, sans doute en fonction de sa souffrance et de son bonheur… Les hommes qui raisonnaient ont ainsi souvent pensé qu’ils savaient, que les femmes ne savaient pas, qu’ils étaient les rois de la création et les femmes leurs esclaves. …Ou que les enfants n’étaient pas autre chose que de petits animaux ! Au début de notre ère, ils pensaient que les enfants ne souffraient pas ni ne pensaient non plus. Le viol ou l’agression sexuelle n’étaient pas considérés comme tels et, par exemple sur des bébés, c’était considéré nul et non avenu. Un peu plus tard, avec juste un an ou deux de plus, ça devenait motif de mariage ou d’achat de la “femelle”. La Vérité, nous pensons bien sûr que nous la connaissons aujourd’hui que les données scientifiques peuvent vérifier nos avancées. La civilisation se crée bien lentement et permet d’encenser certains comportements et de condamner certains autres. J’ai toujours entendu à mon propos que les Grecs antiques avaient pratiqué la pédophilie et que, à cette époque, c’était normal : histoire de me dire que je ne la ramène pas et que je la ferme ! Heureusement pour notre génération, la science a beaucoup évolué très vite et on découvre maintenant, dans les gènes et les neurones, les dégâts des agressions sexuelles et de l’inceste.
On peut commencer à combattre les pervers qu’on ne connaissait pas comme tels car la race humaine baignait dans la perversité, soumise au pouvoir de dictateurs civils ou religieux. Les valeurs véhiculées condamnaient à demi mots les femmes comme sujettes du démon et autres idioties assassines, surtout quand elles résistaient à se soumettre au premier cacique pervers narcissique venu.
Les enfants victimes comme nous souffraient en silence et devenaient des “idiots de villages” souvent méchamment harcelés ou alors, parfois, de grands artistes ou encore de plus grands pervers, dans un chaos cosmique qui, aujourd’hui, est combattu pied à pied. Dans notre profond malheur et notre profonde détresse, nous avons “cette chance”. Maigre consolation ? Non car elle apporte l’espérance…
Pour croire en l’Humanité, il faut vraiment le vouloir… Pour croire en la Vie, c’est déjà plus facile et plus naturel. Nous avons en nous la liberté totale : nous pouvons décider de vivre ou de mourir, de tuer, d’aider, de faire du mal, d’être indifférent, d’aimer par delà les difficultés; nous avons la liberté de devenir pervers parasites ou des idéalistes qui se préoccupent du bonheur dans les relations. Nous sommes sans cesse confrontés à faire des choix. Personne ne peut éviter ça. On ne peut pas “vivre simplement heureux”.

Nous sommes confrontés dans notre entourage à des êtres malfaisants. C’est le mal horrible. Certains, par facilité, choisissent d’être complices de ceux-là. D’autres décident de parler, de prendre en charge. C’est pour moi chaque fois un bonheur de parler avec quelqu’un qui me paraît avoir choisi la même voie que moi, en l’occurrence : parler et se rebeller, dire et s’indigner. Combien de centaines de fois, de milliers de fois, ne me suis-je demandé : “Pourquoi est-ce tombé sur moi d’être victime et en plus une tête de Turc ? – Pourquoi ne pouvais-je pas être comme d’autres camarades qui ont eu une famille dite normale, avoir pu étudier, me trouver dans une situation matérielle aisée, entouré de ma compagne et de mes enfants ?”
Pour me protéger, à l’époque où je souffrais sans rien comprendre, sans pouvoir mettre des étiquettes sur mes malaises, j’avais choisi de “haïr” et de m’enivrer tous les soirs afin d’être assez fort pour survivre le lendemain. J’ai vécu ainsi quelques années. J’ai fait, comme beaucoup d’entre nous, une TS au moment où plus rien n’avait le moindre sens et où j’étais fatigué de souffrir et de me sentir marginalisé, incapable, stupide, méprisé ou, dans tous les cas, pas aimé, au bord du trou, dans le vide. J’ai voulu survivre. Je voulais pouvoir aimer.

Je rêvais d’avoir des enfants. Tout semblait me prouver que je n’arriverais jamais à rien, à aucun de mes objectifs. Comme on dit chez nous, j’ai craché par terre et j’ai juré que j’avais droit, dans ma tête, à ce que les autres avaient. Je n’ai dû tuer personne pour m’en sortir mais j’étais prêt à me battre. J’ai pu arriver à mon rêve d’avoir des enfants mais les conséquences des agressions sexuelles subies entre l’enfance et l’adolescence, multiples et répétées, m’ont poursuivi. Et tout est allé de nouveau vers le bas, recommençant à perdre tout, puis à devoir, à cause de ma longue dépression nerveuse, abandonner le pays où j’avais fui ma famille parentale. Depuis dix ans, je vis à deux mille km de mes enfants et petits-enfants. J’ai perdu mes jobs, j’ai certains handicaps, etc.
Les analyses et l’EMDR que j’ai payés en m’endettant, m’ont aidé à comprendre l’origine des choses et, de là, à guérir en partie. J’ai appris que je n’étais pas seul à vivre tout ça. J’ai appris ainsi à ne plus mourir de honte de moi-même ou de «mon monde». J’ai appris à espérer de nouveau et à comprendre que j’avais le droit à une place comme être humain digne. Que je pouvais et devais me battre pour ça. C’est énorme, ça arrive tard et rien de tout ça n’est facile. Mais je voulais vivre, je ne voulais pas être le vaincu que j’avais longtemps cru être. Que c’était dans ma tête que je pouvais trouver la clé de la victoire. Alors, j’ai changé de nom. Oui, ça m’a beaucoup aidé.

Entre les VP (visages pâles), je suis toujours aussi seul et isolé. Mais ne plus avoir honte de moi a fait que les gens ont commencé à me regarder autrement. Puis, comme les chinois disent, “je me suis assis devant ma porte en attendant de voir passer les cadavres de mes ennemis”. J’en ai vu passer et ça, aussi, ça m’a aidé.
Je me préoccupe pour le futur, je l’avoue mais je sais maintenant que me préoccuper pour demain n’est pas une bonne idée. Je vis le présent, j’applique les “pensées positives permanentes” et je m’inquiète de faire ce que je pense que je dois faire maintenant. Il n’y a pas d’autre miracle. Je n’attends rien de personne mais certaines choses nécessaires à ma survie se présentent au moment où j’en ai vraiment besoin. Peut-être que ce ne sera pas toujours comme ça mais, même si de grandes catastrophes m’attendent, je sais que j’ai maintenant un moral en béton et ça me fait vivre et ça me rend “heureux”. Il n’y a pas que le bonheur qui rende heureux.
Je prends aussi des claques, comme tout le monde tous les jours. Comme tout le monde, je souffre et je lutte à chaque moment mais dans l’auto estime, avec fermeté à l’égard des autres et avec prudence. Mais avec de grandes amitiés que j’ai trouvées jour après jour, surtout de la part de personnes qui ont vécu ce que nous connaissons. J’espère apporter aux nôtres quelques réponses, du soutien et de l’amour.

«Le courage, c‘est d‘agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l‘univers profond ni s’il lui réserve une récompense. » (Jean Jaurès)

V.KHAGAN – sept.-09

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LE SANG A LA RIVIERE

Je l’ai vu et ouï, je ne le croyais pas vraiment, je ne voulais pas le croire : la Belgique de Dutroux continue telle qu’hier ! Dutroux et les siens gagnent encore leur quotidien, chez nous. Sont-ils réellement en prison ? Ne se cachent-ils pas toujours dans les prétoires et dans les chambres de nos enfants ? Dans un prétoire d’une ville chef-lieu de province et d’arrondissement, j’ai vu et ouï un président de cour ignorer délibérément les insupportables vexations à l’Enfance et confirmer les ordonnances illégales de substituts corrompus, au mépris de l’instruction et au mépris des Droits de l’Homme et des Droits de l’Enfant. Interloqué, je l’ai vu, cyniquement, accuser la mère souffrant au profond de son coeur et de son âme. Je me suis pincé pour me lever tout de suite, pour ne pas accepter par lâcheté une hérésie de plus.
J’avais honte de mon pays : maintenant, je dois me battre contre lui. Un pays où l’on nie un Dossier Bis au nez et à la barbe de ses citoyens, est un pays perdu. Perdu de morale. Les voyages en Thaïlande impunis ôtent toute crédibilité à notre art, toute autorité à cet art, tant qu’il ne s’oppose pas systématiquement à la liberté faite aux pédophiles, isolés ou en chœur…
Les juges savent donc qu’ils seront eux-mêmes impunis; ils peuvent, à leur guise, devenir iniques, abusifs et cyniques. Rien ne les arrêtera. Certains se déguisent encore un peu qui pensent donner le change, en se faisant paternalistes et moraux. Pour mieux assassiner l’innocence et les idéaux. Combien d’hommes ne veulent-ils pas être d’accord avec le discours qui taxe les mères de femmes hystériques ? Ainsi, les difficultés disparaissent, l’effort intellectuel s’évite au profit de certitudes couardes : “Voyez ma jurisprudence !”
Cette mère imagine qu’elle peut encore se battre : elle va, telle une Doña Quijote, affronter les moulins à vent de la Justice belge. C’est qu’elle croit à la chance de sa fillette de pouvoir échapper aux Institutions complices ou aux grand-père bourreau. Devons-nous l’engager à fuir, à s’exiler, craignant, nous, le pire pour elle ?
Je me suis tellement habitué, moi-même, à l’anonymat du maquis, à la résignation d’une lutte honteuse comme autrefois les homosexuels à l’ombre d’une double vie. Les abusés, les violés se taisent ou parlent derrière un rideau : ils sont coupables tant qu’ils ne sont pas morts. Ou, peut-être, pensent-ils encore que c’étaient eux les vicieux ? Qu’il n’y a réellement de pédophiles que dans les livres de psycho ? Qu’ils sont, eux aussi, ces enfants, de simples hystériques affabulateurs ? Que leurs traumatismes sont des lubies de ratés fantasques ?
Les pédophiles et leurs complices, eux, revendiquent le mensonge, ce qui agrée. Les pédophiles ne font pas de vagues, non : ils assassinent en silence et cela plaît à une magistrature qui, assise ou debout, craint les vagues …devoirs ! Les Mamans aimantes et fortes qui se lèvent contre les juges, les substituts ou les avocats, sont “des femmes hystériques souffrant du syndrome d’aliénation parentale”. Elles sont déclarées “fusionnelles” et taxées de “dangereuses pour l’intégrité physique et psychique de leur progéniture” abusée et prostituée.
Il faut donc maintenir haut le flambeau de la lutte contre le fascisme qui veille. Dans les cours de justice, dans certains commissariats de police communale, dans nos familles mêmes. “La lutte pour les droits de l’enfant, clé de la résistance à la loi du plus fort”.

VICTOR KHAGAN

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