JOURNAL D’UN SURVIVANT 1

JOURNAL D’UN SURVIVANT I

« La vérité », je crois que chacun se la fait : dans les extrémités par où les gens comme nous passent, elle peut parfois devenir très belle et, d’autres fois, très noire. Le monde est un chaos où notre Terre semble un accident dans le vide de l’Univers infini. La race humaine semble avoir eu besoin de déterminer le mal et le bien, sans doute en fonction de sa souffrance et de son bonheur… Les hommes qui raisonnaient ont ainsi souvent pensé qu’ils savaient, que les femmes ne savaient pas, qu’ils étaient les rois de la création et les femmes leurs esclaves. …Ou que les enfants n’étaient pas autre chose que de petits animaux ! Au début de notre ère, ils pensaient que les enfants ne souffraient pas ni ne pensaient non plus. Le viol ou l’agression sexuelle n’étaient pas considérés comme tels et, par exemple sur des bébés, c’était considéré nul et non avenu. Un peu plus tard, avec juste un an ou deux de plus, ça devenait motif de mariage ou d’achat de la « femelle ». La Vérité, nous pensons bien sûr que nous la connaissons aujourd’hui que les données scientifiques peuvent vérifier nos avancées. La civilisation se crée bien lentement et permet d’encenser certains comportements et de condamner certains autres. J’ai toujours entendu à mon propos que les Grecs antiques avaient pratiqué la pédophilie et que, à cette époque, c’était normal : histoire de me dire que je ne la ramène pas et que je la ferme ! Heureusement pour notre génération, la science a beaucoup évolué très vite et on découvre maintenant, dans les gènes et les neurones, les dégâts des agressions sexuelles et de l’inceste.
On peut commencer à combattre les pervers qu’on ne connaissait pas comme tels car la race humaine baignait dans la perversité, soumise au pouvoir de dictateurs civils ou religieux. Les valeurs véhiculées condamnaient à demi mots les femmes comme sujettes du démon et autres idioties assassines, surtout quand elles résistaient à se soumettre au premier cacique pervers narcissique venu.
Les enfants victimes comme nous souffraient en silence et devenaient des « idiots de villages » souvent méchamment harcelés ou alors, parfois, de grands artistes ou encore de plus grands pervers, dans un chaos cosmique qui, aujourd’hui, est combattu pied à pied. Dans notre profond malheur et notre profonde détresse, nous avons « cette chance ». Maigre consolation ? Non car elle apporte l’espérance…
Pour croire en l’Humanité, il faut vraiment le vouloir… Pour croire en la Vie, c’est déjà plus facile et plus naturel. Nous avons en nous la liberté totale : nous pouvons décider de vivre ou de mourir, de tuer, d’aider, de faire du mal, d’être indifférent, d’aimer par delà les difficultés; nous avons la liberté de devenir pervers parasites ou des idéalistes qui se préoccupent du bonheur dans les relations. Nous sommes sans cesse confrontés à faire des choix. Personne ne peut éviter ça. On ne peut pas « vivre simplement heureux ».

Nous sommes confrontés dans notre entourage à des êtres malfaisants. C’est le mal horrible. Certains, par facilité, choisissent d’être complices de ceux-là. D’autres décident de parler, de prendre en charge. C’est pour moi chaque fois un bonheur de parler avec quelqu’un qui me paraît avoir choisi la même voie que moi, en l’occurrence : parler et se rebeller, dire et s’indigner. Combien de centaines de fois, de milliers de fois, ne me suis-je demandé : « Pourquoi est-ce tombé sur moi d’être victime et en plus une tête de Turc ? – Pourquoi ne pouvais-je pas être comme d’autres camarades qui ont eu une famille dite normale, avoir pu étudier, me trouver dans une situation matérielle aisée, entouré de ma compagne et de mes enfants ? »
Pour me protéger, à l’époque où je souffrais sans rien comprendre, sans pouvoir mettre des étiquettes sur mes malaises, j’avais choisi de « haïr » et de m’enivrer tous les soirs afin d’être assez fort pour survivre le lendemain. J’ai vécu ainsi quelques années. J’ai fait, comme beaucoup d’entre nous, une TS au moment où plus rien n’avait le moindre sens et où j’étais fatigué de souffrir et de me sentir marginalisé, incapable, stupide, méprisé ou, dans tous les cas, pas aimé, au bord du trou, dans le vide. J’ai voulu survivre. Je voulais pouvoir aimer.

Je rêvais d’avoir des enfants. Tout semblait me prouver que je n’arriverais jamais à rien, à aucun de mes objectifs. Comme on dit chez nous, j’ai craché par terre et j’ai juré que j’avais droit, dans ma tête, à ce que les autres avaient. Je n’ai dû tuer personne pour m’en sortir mais j’étais prêt à me battre. J’ai pu arriver à mon rêve d’avoir des enfants mais les conséquences des agressions sexuelles subies entre l’enfance et l’adolescence, multiples et répétées, m’ont poursuivi. Et tout est allé de nouveau vers le bas, recommençant à perdre tout, puis à devoir, à cause de ma longue dépression nerveuse, abandonner le pays où j’avais fui ma famille parentale. Depuis dix ans, je vis à deux mille km de mes enfants et petits-enfants. J’ai perdu mes jobs, j’ai certains handicaps, etc.
Les analyses et l’EMDR que j’ai payés en m’endettant, m’ont aidé à comprendre l’origine des choses et, de là, à guérir en partie. J’ai appris que je n’étais pas seul à vivre tout ça. J’ai appris ainsi à ne plus mourir de honte de moi-même ou de «mon monde». J’ai appris à espérer de nouveau et à comprendre que j’avais le droit à une place comme être humain digne. Que je pouvais et devais me battre pour ça. C’est énorme, ça arrive tard et rien de tout ça n’est facile. Mais je voulais vivre, je ne voulais pas être le vaincu que j’avais longtemps cru être. Que c’était dans ma tête que je pouvais trouver la clé de la victoire. Alors, j’ai changé de nom. Oui, ça m’a beaucoup aidé.

Entre les VP (visages pâles), je suis toujours aussi seul et isolé. Mais ne plus avoir honte de moi a fait que les gens ont commencé à me regarder autrement. Puis, comme les chinois disent, « je me suis assis devant ma porte en attendant de voir passer les cadavres de mes ennemis ». J’en ai vu passer et ça, aussi, ça m’a aidé.
Je me préoccupe pour le futur, je l’avoue mais je sais maintenant que me préoccuper pour demain n’est pas une bonne idée. Je vis le présent, j’applique les « pensées positives permanentes » et je m’inquiète de faire ce que je pense que je dois faire maintenant. Il n’y a pas d’autre miracle. Je n’attends rien de personne mais certaines choses nécessaires à ma survie se présentent au moment où j’en ai vraiment besoin. Peut-être que ce ne sera pas toujours comme ça mais, même si de grandes catastrophes m’attendent, je sais que j’ai maintenant un moral en béton et ça me fait vivre et ça me rend « heureux ». Il n’y a pas que le bonheur qui rende heureux.
Je prends aussi des claques, comme tout le monde tous les jours. Comme tout le monde, je souffre et je lutte à chaque moment mais dans l’auto estime, avec fermeté à l’égard des autres et avec prudence. Mais avec de grandes amitiés que j’ai trouvées jour après jour, surtout de la part de personnes qui ont vécu ce que nous connaissons. J’espère apporter aux nôtres quelques réponses, du soutien et de l’amour.

«Le courage, c‘est d‘agir et de se donner aux grandes causes sans savoir quelle récompense réserve à notre effort l‘univers profond ni s’il lui réserve une récompense. » (Jean Jaurès)

V.KHAGAN – sept.-09

Publicités

A propos TANGAKAMANU

Je suis né en 1950 dans le «Borinage de Van Gogh» (Belgique). Mon existence et mon épanouissement ont été tronqués par le vampirisme régnant à cette époque dans cette région (viols et maltraitance). Sans formation académique, j’ai exercé différentes activités professionnelles jusqu’en 1982. Après la rencontre avec mon épouse, Basque espagnole (deux enfants et 4 petits-enfants), je me suis installé à Madrid où j’ai écrit trois romans, un recueil de poèmes et un de nouvelles. Rentré au pays pour traiter une dépression nerveuse clinique, je me suis attaché à l’étude des traumas et à l’hypnose, sous la direction de professionnels. L’essentiel de mon analyse sociale et de mon travail d’écrivain s’attache à la conditions des personnes dites «rebelles homéostasiques » (Henri Laborit), soit aux individus que le besoin de survie (par dépendance affective, sociale ou morale) empêche de se libérer d’un entourage et /ou d’un conditionnement aliénant ou qui les asservit. Plusieurs romans ont vu le jour depuis et ont été publiés en France (Paris et Lille). Ce sont « Courte biographie de Gumersindo García », « Les chemins de l'aurore »; « Pacifico »; « Famille sans parole, famille sans joie ». « Contradictions d'une civilisation », « Au nom de l'amour » et « Journal d'un survivant clandestin » sont publiés comme essai, reportage et recueil d’articles. Mon recueil de poèmes « Tangakamanu » en est à sa 3° édition. Je suis convaincu que le féminisme est une stratégie incontournable dans la lutte contre le patriarcat et pour la protection de l'Enfance, contre les violences faites aux femmes et contre les trafics d'êtres humains. Ce féminisme égalitaire (3° mouvement) est la vraie révolution de notre époque, qui peut sauver Notre Monde, lui apporter l’harmonie et sauver l’Enfance.
Cet article, publié dans Uncategorized, est tagué . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s